Édito
Ostentatoires, ineptes, scandaleuses… Jadis adulées, les Supercars soulèvent aujourd’hui des questions majeures qui pourraient, à terme, les condamner.
L’évolution des mentalités ne se limite pas aux seuls profanes : de nombreux spécialistes s’accordent à penser que ces modèles porteurs d’image ont quelque peu perdu le sens de la mesure.
D’abord, dans les années 2000, avec l’avènement d’une nouvelle oligarchie, qui a suscité de nombreuses vocations guidées par l’opportunisme et la surenchère. Ensuite, avec le triomphe de la cyberculture, qui a poussé de nombreux constructeurs à courtiser l’univers du jeu vidéo… quitte à sombrer dans la caricature.
En résultent des monstres de puissance au potentiel trop souvent inexploitable, dont le principal dessein serait d’appâter la nouvelle génération ou de flatter l’ego de milliardaires aux goûts douteux.
Ceci, au mépris des enjeux sociétaux et environnementaux, qui appellent plutôt à calmer le jeu. Car, derrière le culte de la performance, se profile aussi une logique de dépassement permanent, dont les effets ont largement contribué à repousser les limites supportables pour les sociétés humaines comme pour le vivant.
Faut-il pour autant réduire cette élite de la production automobile à ses dérives, au point de vouloir en prohiber l’avenir et d’en effacer jusqu’à l’histoire ? Pas sûr.
D’abord parce que ces sportives d’exception ne se résument ni à leur puissance ni à leur prix. Elles témoignent aussi d’une époque, de choix techniques et de savoir-faire. Les condamner en bloc reviendrait à confondre l’objet avec la portée symbolique qu’il a pu acquérir.
Ensuite, parce que leur disparition ne suffirait évidemment pas à corriger les logiques de surconsommation, de compétition permanente ou de prédation des ressources qui traversent bien d’autres secteurs. Mieux vaut sans doute interroger ce que ces machines disent de notre rapport au progrès, à la vitesse et au désir, plutôt que feindre de croire qu’en les effaçant, le problème disparaîtrait avec elles.
Enfin, bien que leur marché se soit considérablement développé, les Supercars ne représentent qu’une fraction infinitésimale des 1,3 milliard de véhicules légers circulant sur la planète*. Du reste, elles roulent peu et finissent rarement à la casse. Autrement dit, leur empreinte carbone est toute relative, a fortiori lorsqu’il s’agit de modèles produits à quelques centaines d’exemplaires et précieusement conservés.
Quant à ceux qui dénoncent leur (f)utilité, ils oublient leur contribution au développement de technologies de pointe, lesquelles finissent le plus souvent par irriguer la grande série, qu’il s’agisse d’efficacité, de sécurité, de matériaux ou d’électronique embarquée.
Au point que leur fulgurance n’est plus l’apanage des modèles les plus exclusifs : de simples berlines ou SUV affichent aujourd’hui des capacités d'accélérations qui leur étaient autrefois réservées.
Un constat largement relayé par l’essor de la motorisation électrique, capable de délivrer un couple massif, immédiatement disponible et sans rupture de poussée. De quoi poser de nouveaux standards, mais aussi (et surtout) envisager des concepts plus efficients, moins centrés sur la performance (voire la conduite elle-même) que sur le temps passé à bord, avec des habitacles pensés comme des espaces connectés, silencieux et protecteurs.
En attendant ce qui s’annonce comme une véritable révolution des mobilités, les Supercars fascinent encore de nombreux passionnés par leur histoire, leur design, leur technologie, ou encore les émotions et les sensations qu’elles distillent.
Compte tenu des critères de sélection retenus, cette collection débute avec l’ère pionnière des années 1980. Exclusivement basée sur des articles de presse écrite, multimédia et internet, elle s’adresse davantage à ceux qui cherchent à s’informer sur ces modèles mythiques qu’à leurs propriétaires, lesquels pourront parfois en savoir plus long sur leur achat que beaucoup de spécialistes.
Au passage, certains pourront considérer que l’approche consistant à jauger la fiabilité, la polyvalence ou encore l’homogénéité d’anciennes Supercars dont la valeur dépasse souvent le million d’euros est quelque peu saugrenue.
Mais c’est également ce qui permettra à d’autres de mieux percevoir dans quelle mesure ces sportives emblématiques étaient abouties, singulières et, parfois, réellement en avance sur leur temps.
Bonne lecture.
- Source : Hedges & Company